Un planétologue en Afrique de l’ouest

J’ai passé plus de 15 ans à explorer la planète Mars, à chercher à comprendre son histoire. Pourquoi suis-je aujourd’hui à Dakar, au Sénégal ? Me serais-je perdu en route ? Que peut bien faire un planétologue en Afrique de l’Ouest ?

Je suis d’abord géologue, avant d’être planétologue. C’est vrai, j’ai appris mon métier sur une autre planète. Mais les processus géologiques sont les mêmes. Trouverait-on surprenant qu’un géologue spécialiste de l’Himalaya s’intéresse à la chaine des Andes ?  La nature des observations, les outils et méthodes d’analyse sont aussi souvent très proches… à l’exception du marteau, bien entendu !

Fin 2013, ce sont des raisons familiales qui me conduisent à Dakar. Je quitte la vie bien remplie d’un enseignant chercheur pour m’installer sous les tropiques. Sur le papier, ça semble sympathique. Dans la pratique, les premiers mois seront un peu chaotiques. Je suis accueilli en février 2014 à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) pour rejoindre l’équipe du projet « West African Exploration Initiative (WAXI) ». Très vite, les idées foisonnent ! Les projets aussi, les financements sont au rendez-vous, la reconversion thématique est enclenchée. J’essaie de comprendre comment me rendre utile en parcourant l’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Ghana, Burkina Faso, et Côte d’Ivoire) et au travers de nombreuses rencontres.

3 ans plus tard, je suis recruté Directeur de Recherche à l’IRD. Je vais donc pouvoir continuer mes recherches et mes activités de formation en Afrique de l’Ouest dans d’excellentes conditions. Les ressources minérales et leur gestion responsable constituent maintenant la priorité des mes recherches ici. L’accompagnement des étudiants géologues ouest-africains rempli une grande partie de mes journées. Ma « philosophie » est d’être scientifiquement mobile pour tenter de répondre avec mes compétences aux besoins exprimés par mes collègues ouest-africains. Cela implique de réaliser qu’on peut être souvent à côte de la plaque. J’essai également de développer des approches dont les coûts permettent une recherche autonome, faite en Afrique de l’Ouest, par des chercheurs ouest-africains, et qui réduisent la dépendance aux outils disponibles exclusivement au nord.

Ai-je pour autant abandonné mon intérêt pour les planètes ? Pas tout à fait ! D’abord, je suis convaincu que mes collègues africains ont aussi le droit de se consacrer à ces sujets passionnants, surtout quand ils permettent d’acquérir des savoir-faire utiles pour relever les défis rencontrés en Afrique de l’Ouest. Et ils sont demandeurs ! L’espace fascine, et évoquer les découvertes passionnantes issues de l’exploration spatiale permettra aussi j’espère de contribuer à susciter des vocations scientifiques parmi les jeunes ouest-africains. M’inscrire dans les priorités scientifiques pour le développement ni restreint pas mes recherches. Au contraire, cela représente pour moi l’opportunité d’une réflexion approfondie sur l’impact de mes activités de chercheur sur le développement scientifique, humain, éthique, économique et social des pays du sud et de leurs institutions qui m’accueillent.

Cette évolution n’aurait pas été possible sans le soutien et la confiance de nombreux collègues, Mark J. et Michel G. en particulier. Je veux remercier aussi tous mes collègues Africains pour leur accueil, pour la confiance et l’amitié qu’ils m’ont accordé, Alain K., Baba S., Papa Moussa N., Hasnaa C., Edmond D., Dina Pathé D., Maram K., pour n’en citer que quelques uns. Je remercie les étudiants qui ont choisi de se lancer dans un doctorat ou un master sous ma direction. Enfin, rien de tout cela n’aurait eu lieu sans le soutien et les encouragements de Lenka, qui m’a toujours cru capable de réussir dans cette nouvelle aventure scientifique et humaine.

Pour conclure, ce blog permettra de partager des découvertes scientifiques utiles au développement, en particulier de l’Afrique de l’ouest, et au-delà des découvertes, des expériences humaines et une façon de faire de la recherche ensemble, qui suscitera j’espère aussi des vocations pour la recherche scientifique en Afrique de l’Ouest.

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